De la capitale au village : itinéraire d’un fongicide

Publié le par David

 Aujourd’hui, mercredi (27 août) jour du marché et de présence obligatoire des gens (2 000 CFA d’amende pour les absents), a eu lieu la distribution des engrais et fongicides (protection des fèves de cacao) que nous avions apporté. Jeudi 21, nous avions fait une pause à Buya à la délégation, provinciale de l’agriculture afin d’acheminer des produits phytosanitaires qui y étaient stockés. En lisant l’étiquette, je vois la mention « ne peut être vendu ». Conclusion logique : c’est un programme du gouvernement pour venir en aide aux producteurs.

 Samedi, en présence de la CRTV et du chef de poste agricole, démonstration de l’application des produits par les techniciens, utilisation de notre bien aimée sulfateuse, gants, masques, puis répétition de la manœuvre par les paysans venus en nombre, etc. Une très belle procédure donc. Cet après-midi, dans la salle communale, les produits ont été distribués.

Conformément aux pratiques du village, les produits ont été divisés équitablement entre toutes les personnes majeures présentes (règle valable également pour les impôts ou toute autre procédé collectif).
 On a donc diviser les 30 L de fongicides par 118, ce qui fait environ 25 Cl par adultes ; puis idem avec les engrais. Un belle exemple de démocratie (même si le partage a été long ardu et sonore mais le résultat était là, totalement transparent réalisé en présence de chacun). Premier hic à la sortie de la salle : les premières reventes avaient déjà commencé, tout le monde n’étant pas un exploitant de cacao. Problème donc au niveau du village : soit le cultivateur de cacao se trouve contraint d’acheter à ses co-villageois leur part, soit celle-ci va se retrouver perdue, abandonné ou utilisé de façon aléatoire.

 Et dans les 118 présents, il y avait évidemment la moitié de femmes, or celles-ci n’avaient pas été conviées à la démonstration si savamment organisée. On leur livre donc des produits toxiques sans aucune indication ; le chef ayant juste rappelé de se laver les mains après manipulation et de garder les enfants à distance. Les femmes sont donc reparties avec leur fongicides dans une bouteille, fongicide qui a la mauvaise idée d’avoir le même aspect que le lait.
 La situation finale est donc : des produits dispersés au sein d’une population moyennement informée de leurs conditions d’utilisation et des précautions  nécessaires. On se demande alors comment a été prévu ce plan d’action. Le gouvernement, les responsables administratifs, des plus hauts placés -ceux qui ont le pouvoir de décision-, aux plus décentralisés –ceux qui ont la connaissance du terrain, ont-ils conscience de la réalité locale ? Ou bien sont-ils totalement déconnectés ? Résignés ?  Ou encore est-ce moi qui suis candide?  Candide également le décideur politique ?

 En une semaine, je me suis rendu compte de la complexité de la situation sur le terrain. On peut alors se demander la nature des facteurs qui ont été pris en compte pour attribuer ces aides chimiques. Car personne n’a idée de l’étendue et de l’importance des plantations dans les villages du bush.

 Les villageois et villageoises se retrouvent ainsi avec de quoi faire un, deux traitements,…cent pour ceux qui n’auraient qu’une surface minuscule ? Mais avec quelle perspective ? Un engrais mal appliqué est toxique en premier lieu pour la plante elle-même, que dire des manipulations, transvasements de sacs en plastiques vers une feuille de macabo dès la distribution ?

 Il me manque beaucoup d’informations politiques, agronomiques, sanitaires mais aussi sociales pour clore cette journée mais je ne suis malheureusement pas sûr de les vouloir.
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M
Comme le dis MAM, très très intéressant. (et en plus bien écrit, on l'avait pas vu venir le coup de Trafalgar).<br /> Oui, donc très intéressant, on a hâte de voir tes impressions dans un mois, les actions, etc.<br /> Bravo (et on attend les photos ;))
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M
très interessant! ...mais j'espère que tu ne vas pas perdre toutes tes illusions
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